La non-poésie des non-poètes

la poésie du non-poète entretient le même rapport à la poésie française contemporaine que la peinture d’un peintre du dimanche entretient à l’égard de l’art pictural du XXe siècle. Tout comme celui-ci peut vouloir portraiturer sa famille ou peindre son jardin dans les formes canonisées par une séquence historique qui va, disons, de 1880 à 1914 (il emprunte ses modèles dans un musée imaginaire qui comprend Monet et Manet, Gauguin et Cézanne), celui-là veut chanter ses amours malheureuses dans des formes convenues empruntées au matériel poétique des écoliers ou des chansonniers.

Martin Rueff, La non-poésie des non-poètes