Non-fiction

Gustave Kahn, Le vers libre

Le vers libre

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  • EPUB + PDF + Mobi
  • 96 pages — 14 041 mots
  • ISBN : 978-2-36563-21-4
  • août 2012

La poésie doit chanter sous peine de n’être point la poésie. Elle doit former son tissu avec des comparaisons. Qu’est-ce que le poète sinon celui qui transpose dans le domaine intellectuel tous les faits et toutes les sensations qu’il connaît et qu’il ressent. Pour transposer il a recours à la métaphore. Une poésie n’est qu’une suite de métaphores, une suite logique certes, mais il y a plusieurs façons d’être logique. On peut déduire la métaphore, la détailler, l’expliquer tout entière, ou la faire apparaître sous des aspects divers, sur des plans variés.

Nous, nous avons cherché à voir le mieux possible le monde extérieur, à traduire quelques nuances, le plus possible du monde intérieur, ce qu’on en peut saisir, chacun dans les limites de ses possibilités, et nous avons cherché à créer des métaphores qui s’engendrent les unes les autres ; nous n’avons pas souvent tenu à les exprimer entièrement mais pour ainsi dire à les citer, à les énumérer. Plutôt que de donner toutes les racines et toutes les lignes d’une métaphore, nous préférons évoquer toute la série mobile des métaphores qu’une sensation entraîne avec elle, encore une fois, dans les limites de nos forces.

Élisée Reclus, Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes

Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes
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  • 99 pages — 14 015 mots
  • ISBN : 978-2-36563-020-7
  • août 2012

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La question de savoir ce qui dans l’œuvre de l’homme sert à embellir ou bien contribue à dégrader la nature extérieure peut sembler futile à des esprits soi-disant positifs : elle n’en a pas moins une importance de premier ordre. Les développements de l’humanité se lient de la manière la plus intime avec la nature environnante. Une harmonie secrète s’établit entre la terre et les peuples qu’elle nourrit, et quand les sociétés imprudentes se permettent de porter la main sur ce qui fait la beauté de leur domaine, elles finissent toujours par s’en repentir. Là où le sol s’est enlaidi, là où toute poésie a disparu du paysage, les imaginations s’éteignent, les esprits s’appauvrissent, la routine et la servilité s’emparent des âmes et les disposent à la torpeur et à la mort.

Albert Libertad, La joie de vivre

La joie de vivre

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  • 16 pages — 2131 mots
  • ISBN : 978-2-36563-013-9
  • 31 mars 2012

Lorsque jetés dans les pierres d’un éboulement, avides d’air, nous cassons notre tête contre le rocher, lorsque pris dans l’enlisement de la société actuelle, avides d’idéal — pour préciser ce terme vague, avides du développement intégral de soi et des aimés —, nous arrêtons notre vie, nous n’obéissons pas à un besoin ou à un droit, mais à l’obsession de la force de l’obstacle. Nous ne faisons pas un acte volontaire, comme le prétendent les partisans de la mort, nous obéissons à la poussée du milieu qui nous écrase et nous ne partons qu’à l’heure exacte où la charge est trop lourde pour nos épaules.

« Alors, diront-ils, nous ne partirons qu’à notre heure, et notre heure c’est dès maintenant. » Oui. Mais parce qu’ils envisagent leur défaite à l’avance ; résignés, ils n’ont pas développé leurs tissus en vue de la résistance, ils n’ont pas fait d’effort pour réagir contre l’enlisement sale du milieu. Inconscients de leur beauté, de leur force, ils ajoutent à la force objective de l’obstacle, toute la force subjective de leur acceptation. »

Marcel Proust, Contre l'Obscurité

Contre l'Obscurité

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  • 17 pages — 2072 mots
  • ISBN : 978-2-36563-011-5
  • mars 2012

Que les poètes s’inspirent plus de la nature, où, si le fond de tout est un et obscur, la forme de tout est individuelle et claire. Avec le secret de la vie, elle leur apprendra le dédain de l’obscurité. Est-ce que la nature nous cache le soleil, ou les milliers d’étoiles qui brillent sans voiles, éclatantes et indéchiffrables aux yeux de presque tous ? Est-ce que la nature ne nous fait pas toucher, rudement et à nu, la puissance de la mer ou du vent d’ouest ? À chaque homme elle donne d’exprimer clairement, pendant son passage sur la terre, les mystères les plus profonds de la vie et de la mort. Sont-ils pour cela pénétrés du vulgaire, malgré le vigoureux et expressif langage des désirs et des muscles, de la souffrance, de la chair pourrissante ou fleurie ? Et je devrais citer surtout, puisqu’il est la véritable heure d’art de la nature, le clair de lune où pour les seuls initiés, malgré qu’il luise si doucement sur tous, la nature, sans un néologisme depuis tant de siècles fait de la lumière avec de l’obscurité et joue de la flûte avec le silence.

Jean Moréas, Le symbolisme

« Le symbolisme »

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  • 19 pages — 13 615 mots
  • ISBN : 978-2-36563-010-8
  • mars 2012

C’est ainsi que, façonnés pour le joug, nous retombons d’un esclavage dans un autre, et qu’après les poncifs classiques, il y a eu des poncifs romantiques, poncifs de coupes, poncifs de phrases, poncifs de rimes ; et le poncif, c’est-à-dire le lieu commun passé à l’état chronique, en poésie comme en toute autre chose, c’est la Mort. Au contraire, osons vivre ! et vivre c’est respirer l’air du ciel et non l’haleine de notre voisin, ce voisin fût-il un dieu !

Paul Lafargue, Le droit à la paresse

Le droit à la paresse

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  • 86 pages / 12591 mots
  • ISBN : 978-2-36563-007-8
  • février 2012

Tous nos produits sont adultérés pour en faciliter l’écoulement et en abréger l’existence. Notre époque sera appelée l‘âge de la falsification, comme les premières époques de l’humanité ont reçu les noms d‘âge de pierre, d‘âge de bronze, du caractère de leur production. Des ignorants accusent de fraude nos pieux industriels, tandis qu’en réalité la pensée qui les anime est de fournir du travail aux ouvriers, qui ne peuvent se résigner à vivre les bras croisés. Ces falsifications, qui ont pour unique mobile un sentiment humanitaire, mais qui rapportent de superbes profits aux fabricants qui les pratiquent, si elles sont désastreuses pour la qualité des marchandises, si elles sont une source intarissable de gaspillage du travail humain, prouvent la philanthropique ingéniosité des bourgeois et l’horrible perversion des ouvriers qui, pour assouvir leur vice de travail, obligent les industriels à étouffer les cris de leur conscience et à violer même les lois de l’honnêteté commerciale.

Et cependant, en dépit de la surproduction de marchandises, en dépit des falsifications industrielles, les ouvriers encombrent le marché innombrablement, implorant : « du travail ! du travail ! » — Leur surabondance devrait les obliger à refréner leur passion ; au contraire, elle la porte au paroxysme. […] Puisque le vice du travail est diaboliquement chevillé dans le cœur des ouvriers ; puisque ses exigences étouffent tous les autres instincts de la nature ; puisque la quantité de travail requise par la société est forcément limitée par la consommation et par l’abondance de la matière première, pourquoi dévorer en six mois le travail de toute l’année ? — Pourquoi ne pas le distribuer uniformément sur les douze mois et forcer tout ouvrier à se contenter de six ou de cinq heures par jour, pendant l’année, au lieu de prendre des indigestions de douze heures pendant six mois ? — Assurés de leur part quotidienne de travail, les ouvriers ne se jalouseront plus, ne se battront plus pour s’arracher le travail des mains et le pain de la bouche ; alors, non épuisés de corps et d’esprit, ils commenceront à pratiquer les vertus de la paresse.

John Stuart Mill, De la liberté

De la liberté

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  • 331 pages — 48221 mots
  • ISBN : 978-2-36563-003-0
  • 3 février 2012

C’est presqu’une banalité de dire que l’opinion publique gouverne à présent le monde. Le seul pouvoir qui mérite ce nom est celui des masses, ou celui des gouvernements, qui se font les organes des tendances et des instincts des masses. Ceci est aussi vrai pour les relations morales et sociales de la vie privée, que pour les transactions publiques. Ce qu’on appelle l’opinion publique n’est pas toujours l’opinion de la même sorte de public : en Amérique, le public c’est toute la population blanche ; en Angleterre, c’est simplement la classe moyenne. Mais c’est toujours une masse, c’est-à-dire une médiocrité collective. Et ce qui est encore une plus grande nouveauté, à présent la masse ne prend pas ses opinions des dignitaires de l’Église ou de l’État, ni de quelque chef ostensible, ni d’aucun livre. Son opinion est faite par des hommes à peu près à sa hauteur, qui, au moyen des journaux, s’adressent à elle ou parlent en son nom sur la question du moment. Je ne me plains pas de tout ceci. Je n’affirme pas que rien de mieux soit compatible, comme règle générale, avec l’humble état de l’esprit humain actuellement. Mais cela n’empêche pas le gouvernement de la médiocrité d’être un gouvernement médiocre.

Remy de Gourmont, La beauté de la mer

La beauté de la mer

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  • 9 pages — 1211 mots
  • ISBN : 978-2-36563-006-1
  • 19 janvier 2012

On a réellement peine à comprendre comment la beauté de la mer a été si longtemps méconnue. Mais à l’inverse, il est peut-être encore plus difficile de comprendre comment notre sensibilité a si vite évolué, comment les hommes d’aujourd’hui trouvent tant de plaisir dans un spectacle qui jadis leur eût semblé absurde ou ennuyeux. Il faut bien l’admettre, la sensibilité humaine obéit à la mode. Elle vibre selon la note qu’on lui donne. Cependant, quand une de ces notes a été éveillée, elle ne s’endort plus tout à fait. La sensibilité a fait une conquête qui ne peut plus périr entièrement ; elle s’est annexé une province nouvelle dont elle gardera éternellement les principaux territoires. Il se peut que le goût du paysage marin n’augmente plus guère, il se peut même qu’il diminue légèrement, il ne disparaîtra jamais. Il est entré en nous, il fait partie de nos besoins esthétiques et même sentimentaux, comme la musique ou la littérature.

Écrit en 1903, La beauté de la mer fut publié dans les Promenades littéraires, Deuxième série en 1904.

Stéphane Mallarmé, Vers et musique en France

Vers et musique en France

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  • 13 pages — 1616 mots
  • ISBN : 978-2-36563-001-6
  • 5 janvier 2012

Une haute liberté littéraire d’acquise, la plus neuve : je ne vois, et ce reste mon intense opinion, effacement de rien qui ait été beau dans le passé, je demeure convaincu que dans les occasions amples on obéira toujours à la tradition solennelle, dont la prépondérance relève du génie classique : seulement lorsqu’il n’y aura pas lieu, à cause d’une sentimentale bouffée ou pour une anecdote, de déranger les échos vénérables, on regardera à le faire. Toute âme est une mélodie, qu’il s’agit de renouer ; et pour cela, sont la flûte ou la viole de chacun. Selon moi jaillit tard une condition vraie ou la possibilité, de s’exprimer non seulement, mais de se moduler, à son gré.

Vers et musique en France fut publié dans The National Observer du 26 mars 1892 avant d’être repris dans la revue Les entretiens politiques et littéraires, n° 27, juin 1892.

Élisée Reclus, Histoire d'un ruisseau

Élisée Reclus, Histoire d'un ruisseau

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  • 346 pages — 50 339 mots
  • ISBN : 978-2-36563-015-3
  • 8 décembre 2011

L’histoire d’un ruisseau, même de celui qui naît et se perd dans la mousse, est l’histoire de l’infini. Ces gouttelettes qui scintillent ont traversé le granit, le calcaire et l’argile ; elles ont été neige sur la froide montagne, molécule de vapeur dans la nuée, blanche écume sur la crête des flots ; le soleil, dans sa course journalière, les a fait resplendir des reflets les plus éclatants ; la pâle lumière de la lune les a vaguement irisées ; la foudre en a fait de l’hydrogène et de l’oxygène, puis d’un nouveau choc a fait ruisseler en eau ces éléments primitifs. Tous les agents de l’atmosphère et de l’espace, toutes les forces cosmiques ont travaillé de concert à modifier incessamment l’aspect et la position de la gouttelette imperceptible ; elle aussi est un monde comme les astres énormes qui roulent dans les cieux, et son orbite se développe de cycle en cycle par un mouvement sans repos.

Octave Mirbeau, La grève des électeurs

La grève des électeurs

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  • 14 pages — 1628 mots
  • ISBN : 978-2-36563-012-2
  • 8 décembre 2011

À quel sentiment baroque, à quelle mystérieuse suggestion, peut bien obéir ce bipède pensant, doué d’une volonté, à ce qu’on prétend, et qui s’en va, fier de son droit, assuré qu’il accomplit un devoir, déposer dans une boîte électorale quelconque un quelconque bulletin, peu importe le nom qu’il ait écrit dessus ?… Qu’est-ce qu’il doit bien se dire, en dedans de soi, qui justifie ou seulement qui explique cet acte extravagant ? Qu’est-ce qu’il espère ? Car enfin, pour consentir à se donner des maîtres avides qui le grugent et qui l’assomment, il faut qu’il se dise et qu’il espère quelque chose d’extraordinaire que nous ne soupçonnons pas.

Adolphe Retté, Promenades subversives

Promenades subversives

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  • 38 pages — 4121 mots
  • ISBN : 978-2-36563-009-2
  • 1er décembre 2011

Quiconque vote se reconnaît incapable de se conduire soi-même. Quiconque obéit, sans répugnance, aux gouvernants qu’il se donna, ressemble à un mouton qui viendrait s’offrir bénévolement au couteau du boucher.

Remy de Gourmont, La propriété littéraire

La propriété littéraire

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  • 13 pages — 1520 mots
  • ISBN : 978-2-36563-005-4
  • 21 novembre 2011

C’est honorer bien peu, il semble, les plus belles productions de l’esprit humain que de les considérer sous l’aspect purement commercial. Loin de se plaindre, si l’on admire Musset, que les éditions de ses œuvres vont se multipliant, ne devrait-on pas s’en réjouir ? Appartenir à tous, devenir le pain quotidien de tous, n’est-ce point le rêve de tous les écrivains dignes de ce nom ?

J. Ailesbée, Rien n'est écrit

Rien n'est écrit

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  • 111 pages — 4931 mots
  • ISBN : 978-2-36563-000-9
  • 21 novembre 2011

Une poésie petite et toujours balbutiante ; un paysage cherchant son peintre. Ce qui fut d’abord publié sur le web, dans l’immédiateté de l’expérience vécue, avec ses hachures, ses plages de silence et ses ouragans, se trouve ici sédimenté, constitué en unité.

Une petite poésie, oui, comme chacun en porte une, et qui ne fait pas œuvre mais seulement texte. Et ce texte se brise contre la parole, réitérant l’affront d’essayer toujours de dire, ce qui se refuse. On ne s’étonnera pas, alors, des voies sans issue auxquelles par endroits, le texte donne la voix, revenant toujours à sa matière verbale, l’épurant peu à peu, inventant lentement sa langue. Souvent noire, comme la mer la nuit.

En lignée d’une tradition vieille comme le chant, J. Ailesbée voudrait écrire le tremblement de vivre en homme, c’est-à-dire la perpétuelle absence, encore sauvage, dominante, qui, de la vallée à la marée, du ruisseau au papillon cherche un domaine où s’incarner.

À propos de l’auteur

Née en 1972, en Picardie, de parents bretons, J. Ailesbée grandit entre cette région d’exil et la Bretagne, qu’elle retrouvera et perdra plusieurs fois. Elle vit actuellement en Mayenne, c’est-à-dire ni tout à fait ailleurs, ni tout à fait là.

Pierre Quillard, L'anarchie par la littérature

L'anarchie par la littérature

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  • 10 pages — 1041 mots
  • ISBN : 978-2-36563-002-3
  • 15 novembre 2011

Il n’y a pas d’affirmation de la liberté individuelle plus héroïque que celle-ci : créer en vue de l’éternité, au mépris de toute réticence et de tout sacrifice aux préoccupations des contingences transitoires, une forme nouvelle de la beauté.