La beauté de la mer

Remy de Gourmont

« On a réellement peine à comprendre comment la beauté de la mer a été si longtemps méconnue. Mais à l’inverse, il est peut-être encore plus difficile de comprendre comment notre sensibilité a si vite évolué, comment les hommes d’aujourd’hui trouvent tant de plaisir dans un spectacle qui jadis leur eût semblé absurde ou ennuyeux. Il faut bien l’admettre, la sensibilité humaine obéit à la mode. Elle vibre selon la note qu’on lui donne. Cependant, quand une de ces notes a été éveillée, elle ne s’endort plus tout à fait. La sensibilité a fait une conquête qui ne peut plus périr entièrement ; elle s’est annexé une province nouvelle dont elle gardera éternellement les principaux territoires. Il se peut que le goût du paysage marin n’augmente plus guère, il se peut même qu’il diminue légèrement, il ne disparaîtra jamais. Il est entré en nous, il fait partie de nos besoins esthétiques et même sentimentaux, comme la musique ou la littérature. »

Écrit en 1903, La beauté de la mer fut publié dans les Promenades littéraires, Deuxième série en 1904.