La terreur future

Marcel Schwob

« Il y avait aussi une maison de pauvre, ruinée par la moitié, où les cheminées coupées tout le long avaient laissé une longue bande de suie, avec des embranchements aux différentes hauteurs. L’escalier de bois s’était écroulé par le bas, broyé à mi-distance du dernier étage, si bien que les degrés tremblants allaient on ne sait où, vers les flammes rampantes, et les cadavres crispés, comme une frêle passerelle venant du ciel. On voyait dans ces misérables chambres tranchées, mises au jour, toute la vie inférieure, une grille à charbon, un fourneau de terre fendu, rapiécé, un pot au feu en pâte brune, des casseroles noires, bosselées, des chiffons entassés dans les coins, une cage rouillée, laissant flotter encore quelques brins verts, où gisait sur le dos un petit oiseau gris, avec les pattes ramenées sous les plumes de son ventre, des flacons de pharmacie épars, un lit à sangles debout contre le mur, des matelas crevés d’où poussaient des touffes de varech, et des pots de fleurs émiettés, mêlés avec la terre végétale et les fragments des plantes. »