Lanterne magique

Jean Lorrain

« Là-bas, au balcon, ces trois femmes élégantes en veste de peluche, en chapeau Directoire, trois demoiselles évidemment ; regardez-moi ces pâleurs de craie, ces yeux noircis de kohl, et comme une plaie vive ouverte en pleine chair, dans ces faces de trépassées, la tache écarlate des lèvres archi-peintes, travaillées au carmin, ne sont-ce pas de véritables goules, de damnables cadavres échappés du cimetière et vomis par la tombe à travers les vivants pour séduire, envoûter et perdre les jeunes hommes ? Quel sortilège émane-t-il donc de ces créatures, car elles ne sont même pas jolies, ces fripeuses de moelles, plutôt effrayantes avec leur teint mortuaire et leur sourire sanguinolent. »