Le vers libre

Gustave Kahn

« La poésie doit chanter sous peine de n’être point la poésie. Elle doit former son tissu avec des comparaisons. Qu’est-ce que le poète sinon celui qui transpose dans le domaine intellectuel tous les faits et toutes les sensations qu’il connaît et qu’il ressent. Pour transposer il a recours à la métaphore. Une poésie n’est qu’une suite de métaphores, une suite logique certes, mais il y a plusieurs façons d’être logique. On peut déduire la métaphore, la détailler, l’expliquer tout entière, ou la faire apparaître sous des aspects divers, sur des plans variés.

Nous, nous avons cherché à voir le mieux possible le monde extérieur, à traduire quelques nuances, le plus possible du monde intérieur, ce qu’on en peut saisir, chacun dans les limites de ses possibilités, et nous avons cherché à créer des métaphores qui s’engendrent les unes les autres ; nous n’avons pas souvent tenu à les exprimer entièrement mais pour ainsi dire à les citer, à les énumérer. Plutôt que de donner toutes les racines et toutes les lignes d’une métaphore, nous préférons évoquer toute la série mobile des métaphores qu’une sensation entraîne avec elle, encore une fois, dans les limites de nos forces. »